Alors que le dictionnaire classique nous indique que l’érotisme est la recherche variée de l’excitation sexuelle, ce me semble très réducteur et je dirai que l’érotisme se distingue surtout de la pornographie, qui peut ne pas être loin, par son caractère esthétique et son symbolisme mystique.
Le symbolisme de l’amour est cité à son point le plus
haut dans le Cantiques des Cantiques. C’est là que les mystiques
chrétiens Saint Jean de la Croix et Saint Bernard, ont puisé
le fil conducteur de leur pensée. L’amour entre les époux
est interprété comme étant celui de Yahvé et
Israël ou de Dieu et de l’âme. L’Eros grec qui interprète
le désir amoureux signifie une puissance générale d’unification
et de connections. C’est l’union des mystiques, présente
aussi chez les mystiques mulsumans.
Universellement, l’union sexuelle est la hiérogamie première
(conjonction complémentaire de sexe opposé, qui figure dans
les mythes de toutes les religions). Et, l’embrasement du ciel et
de la terre dont sont nés tous les êtres. (quand cette pénétration
s’opère, le ciel et la terre s’harmonisent, les êtres
aussi, déclarait déjà Confucius).
L’expression même de la vie, l’exaltation des sentiments
que représente l’érotisme, est l’expression de
la relation intime avec soi-même et le désir, nuance. du plaisir.
L’érotisme est renforcé par le sentiment singulier d’être
soustrait au temps par les vertus du breuvage, car le vin, symbole de l’amour
divin, dûment dépositaire des émergences dionysiaques,
appartient aussi à la sexualité. Mais, dans un occident judéo-chrétien
qui fustige l’érotisme confondu avec la pornographie, ce symbolisme
devient l’unique forme communicable de ce qui appartient au sexe.
C’est-à-dire, bien être, joie, plaisir, ardeur, force,
santé. Aussi, est-ce que la feuille de vigne ne serait pas le cache
–sexe de la chrétienté ?
L’enfer, c’est de ne plus aimer. Aimer, est une attirance affective
pour un être, un objet, un art. C’est vouloir connaître,
découvrir, posséder. Il existe une similitude entre la passion
de certains amateurs de vin, et l’amoureux qui rencontre la personne
pour laquelle il ressent une attirance certaine. S’il s’agit
d’une femme, l’homme, étudie du regard les formes, les
yeux, les jambes, la taille, la poitrine, l’allure, suivant ses critères
personnels. Dans les deux cas, il y a plusieurs séquences. Au début,
il s’agit de manifestations cérébrales, qui font appel
à la vue et à l’odorat, et, pour la femme, qui ne saurait
quand même pas être comparée à une belle bouteille
: la voix. Ensuite, vient le temps du désir, on souhaite consommer.C’est
l’étape physiologique. Le contact entre le verre de vin et
la bouche est un baiser comme la rencontre entre des lèvres d’amoureux.
L’être humain est à la fois chair et esprit, il a un
corps et une âme. Il possède aussi, un cerveau, qui est le
centre de son esprit.
Il est temps maintenant d’analyser l’influence du vin sur les
facultés intellectuelles imaginatives, créatives, et plus
particulièrement, les rapports entre le vin et l’affectif,
l’amour et le désir.
Depuis la découverte du vin, les hommes ont remarqué qu’il
pouvait apporter des modifications sur leur comportement. Dans l’Antiquité,
on attribuait aux Dieux les vertus de ce breuvage. Les libations qui accompagnaient
les bacchanales n’étaient pas étrangères aux
dérives sexuelles qui faisaient partie du rituel de ces journées.
L’utilisation d’un catalyseur, le vin, pour faire naître
l’amour ou le désir n’est pas indispensable. Les sentiments
amoureux, naissent à la suite d’un choc psycho-affectif, qui
déclenche une série de réactions. Vertiges, palpitations,
accélération des battements du cœur. C’est le cerveau
qui dirige ce tourbillon viscéral. Mais, un vin judicieusement choisi,
plait aux femmes. Le préféré restant comme le disait
Madame de Pompadour, le champagne, qui, seul, « laisse la femme belle
après boire ». Le vin agit sur le cerveau de façon différente
suivant la quantité absorbée. L’éthanol qui est
présent dans une proportion de 14 % dans le vin, a des effets euphorisants
et stimulants. Il mobilise la zone du cerveau qui régit les inhibitions.
Quand une personne perd ses inhibitions, elle devient plus volubile, plus
déterminée, elle ose dire et agir. Sa timidité disparaît
et fait place à l’exaltation propice aux déclarations
d’amour, entre autres. C’est dans cette zone de consommation
que se rencontrent l’érotisme et le vin, le dépassement
provoquant au contraire la dépression, l’ébriété
et la confusion dans la pensée.
Enfin, bien que le vin soit bon à l’homme
quand c’est la femme qui le boit, ne jamais perdre de vue que, «
ce n’est pas le vin qui enivre, l’homme seul s’enivre
» a déclaré Kung Fu Tchéou, mieux connu sous
le nom de Confucius, inventeur bien avant nous du « consommer avec
modération ».