


Un rôle de bon vivant est un emploi qui sied mieux
qu’un autre à un comédien, et retient bien souvent la
faveur du public. C’est par leurs attitudes que ces personnages transmettent
le mieux le plaisir, la satisfaction immédiate.
Les figures gastronomiques sont destinées à donner confiance
au spectateur, faute de pouvoir lui donner directement les vins à
goûter. Leurs paroles ont valeur de vérité: elles s’appuient
sur une apparence bien en chair, une capacité de donner du plaisir
et de le communiquer haut et fort.
Sans conteste, Jean Carmet et Jacques Villeret auront complètement
enfilé l’habit.
Pour le besoin de leur rôle qui sied à leur tronche, ils ont
les yeux noyés dans le vin et un physique rondelet comme un tonneau
(j’exagère parfois).
Si de nombreux films se contentent de nous montrer
des consommateurs fermant les yeux ou faisant "Mmm !", d’autres
se sont montrés plus créatifs.
Dans « Les Enfants du Marais
» (Jean Becker, 1999), Riton, alias Villeret, noie son chagrin
dans le vin pour tenter d'oublier son “grand amour”; tandis
que les deux compères de « La Soupe aux
Choux » (Jean Girault, 1981), interprétés par
Carmet et De Funès, aiment à se retrouver pour célébrer
le culte de la bouteille et celui de l'appétissant potage …
si ce n’est de s’adonner à l’art du vent; mais
ça, c’est une autre histoire.
Les héros de ces films appartiennent à ce courant franchouillard,
de truculence et de joie.
Interprété invariablement par Jean Richard ou Bruno Cremer,
Maigret est un personnage familier et proche. Il possède cette forme
de sensibilité qui lui permet de sentir les êtres, d'entrer
dans la peau de l’assassin et aussitôt de le traquer, sans pour
autant partager avec lui "le petit blanc" et affiner ses réflexions
au bord du comptoir.
Profondément humain, il porte le poids de la misère des hommes,
mais sait toutefois transmettre au spectateur le plaisir des mets et des
vins qu’il glane dans les auberges. Hachis parmentier, blanquette
de veau: les plats égrènent les jours de la semaine, tandis
qu'un verre de prunelle ponctue rituellement l'après-dîner.
Philippe Noiret, dit « Alexandre le Bienheureux
» (Yves Robert, 1968), passe son temps au lit à boire
du vin et arroser l’andouille et le thon.
Le physique costaud de Jean Gabin le range aussi immanquablement dans celui
de gastronome et de buveur invétéré … "Parce
que d’abord après le café, il y a … la rincette.
Et puis après la rincette, il y a une autre petite rincette."
Il est Max-le-Menteur dans « Touchez pas au
Grisby » (Jacques Becker, 1954), et nous gratifie d’une
scène où il mange du foie gras sur des biscottes, arrosé
d’un vin blanc qui lui est envoyé par "un pote de Nantes".
Sans oublier son rôle de fort en gueule dans «
La Traversée de Paris » (Claude Autant-Lara, 1956),
et dans « Un Singe en Hiver » (Henri
Verneuil, 1962) où la boisson l’aide à naviguer à
nouveau sur le fleuve Yang-Tse.
A l’inverse du personnage glouton ou tout au moins porté sur
la bouteille, le cinéma sait offrir des personnages attentifs et
connaisseurs. La tendance est à la qualité.
Greta Garbo, dans « Ninotchka »
(Ernst Lubitsch, 1939), succombe aux charmes des vins de Champagne et du
luxe, alors qu’elle interprète une Russe en visite à
Paris. Audrey Hepburn, Jeanne Moreau, Marilyn Monroe ou
Juliette Binoche parmi bien d’autres, sont des héroïnes
amoureuses du Champagne, et tout simplement et divinement amoureuses dans
leur rôle.
Très méticuleux sur le choix des vins, Bond apprécie
plus particulièrement le Mouton Rothschild, millésime 1947.
Pour autant, le Dom Pérignon est son ami intime et pour les connaisseurs,
il boit du Taittinger ‘45 dans « Casino
Royal ».
La complicité entre 007 et la Maison Bollinger débute en 1973,
dans « Vivre et laisser Mourir ». Dans «
Moonraker », Bond goûte au Bollinger ’69, puis
au millésime ’75 dans « Dangereusement Vôtre ».
Après une dégustation en galante compagnie sur le pont d’un
yacht dans « Tuer n’est pas Jouer »,
il s’offre une Grande Année ‘88 à l’intérieur
de son Aston Martin dans « Goldeneye »;
puis, c’est au tour de la cuvée Grande Année ‘89
d’être à l’honneur dans «
Demain ne Meurt jamais », un Bollinger Grande Année
1990 dans « Le Monde ne Suffit pas »,
et pour finir, une Grande Année ‘95 dans «
Meurs un autre Jour ».
Et quand Roger Moore interprète Le Saint, il boit en général
du Veuve Clicquot.
Dans la catégorie des charmeurs, on pourrait y glisser Claude Rich. Dans « Le Souper » (Edouard Molinaro, 1992), il y interprète Talleyrand, passe deux heures par jour dans sa cuisine et offre un repas à Joseph Fouché - alias Claude Brasseur - pour le séduire. Déployant tout son art des manières et de la conversation, il n’hésite pas à servir du champagne autant de fois qu’il le faut pour faire céder son rival politique.
A l’écran comme à la ville par ailleurs, certains comédiens sont passionnés de vin. J’ouvre ici une parenthèse.
- Gérard Depardieu cultive savamment son image de gentleman-vigneron depuis l'acquisition de son premier pied de vigne en Anjou, avec l'achat en 1989 du Château de Tigné. Amoureux de la bonne chère et des terroirs, Depardieu sait aussi apprécier une bonne affaire lorsqu'elle se présente. Grâce à son association avec le négociant Bernard Magrez, il a fait l’acquisition du prestigieux "Château Lussac Saint-Émilion".
- Christophe Lambert quant à lui, a des intérêts économiques dans les vins suivants: le Côtes du Rhône "Domaine Grand'Ribe" à Sainte Cécile les Vignes dans le Vaucluse, et le Médoc "Château La Tour Seran".
- Sur un mode plus artisan, Pierre Richard gère un vin de Corbières, "Château Bel Évêque" dans l'Aude.
- On compte aussi Jean-Louis Trintignant qui accompagne Claudie et Bertrand Cortellini dans l’élaboration de "Rouge Garance", un Côtes du Rhône Villages à Saint Hilaire d'Ozilhan dans le Gard.
- Enfin, Carole Bouquet veut se consacrer désormais à son Moscato "Passito Di Pantelleria" produit sur l'île de Pantelleria en Sicile.