






… Et je rapproche indubitablement cette citation à l’extrait de « La Soupe aux Choux » (Jean Girault, 1981) où Le Glaude (De Funès) invite l’extra-terrestre, dit "l’Oxien" (Villeret), à partager son verre: "Le canon, faut comprendre que ce n’est pas que du pinard; c’est aussi de l’amitié."
De même dans « Garçon ! »
(Claude Sautet, 1983), où Maxime (Nicolas Vogel), le verre à
la main, remercie avec pudeur mais non sans force ses proches collègues
de leur amitié: "Messieurs, je n’aurai pas l’émotion
facile; je vous remercie d’être mes amis.". La messe est
dite !
Peintre des relations déglinguées sur fond de bonne société
provinciale, Sautet fait un cinéma intelligent. Il brosse des portraits
méticuleux, impeccablement orchestrés: César, Rosalie,
Max (et les ferrailleurs), Nelly (et Monsieur Arnaud), sans oublier Vincent,
François, Paul et les autres...
Il saisit les traits marquant d’une époque, parle de la grisaille
du quotidien, du temps qui passe aussi, avec l’horizon de l’existence
qui rétrécit.
Ses films sentent l’amitié, la convivialité, la solidarité,
mais aussi le désarroi des amours en détresse. Il aime le
brouhaha des cafés où l’on se réchauffe entre
amis dans la cohue des heures de pointe, et le bruit des verres qui s’entrechoquent
sur le zinc. Sautet s’attarde aussi à la tablée du dimanche,
à la maison de campagne.
Les comptoirs de brasserie et les scènes de table, sont utilisés
en tant que dispositif essentiel dans sa mise en scène, et servent
à peaufiner la psychologie des personnages, à mieux cerner
leurs rapports. Rien de tel pour y ressouder des liens, là où
il y a, à la fois, communion et antagonisme car c’est l’occasion
pour chacun de vider son sac: le vin est un lubrifiant social.
Et si chez Sautet, on parle peu des saveurs d’un plat, le vin est
souvent mis à l’honneur.
Plus particulièrement, une séquence de «
Mado » (Claude Sautet, 1976) est construite autour du prisme
du verre de vin à travers lequel on négocie le monde, et donc
… la relation aux femmes.
Dans ce film pourtant le plus amer du réalisateur, Jean-Paul Moulinot
qui incarne le père de Michel Piccoli, apporte une note hédoniste
en goûtant le Margaux, et prête élégamment les
vertus du vin à celles de la compagne de son fils, Ottavia Piccolo
à l’écran.
L’idée de faire se dérouler l’histoire de «
Sideways » (Alexander Payne, 2005) dans le monde vinicole n’a
rien d’aléatoire. Le propos du vin sert tout d’abord
à illustrer avec une certaine éloquence les personnalités
des deux personnages qui sont à un point tournant de leur vie. L’un
est passionné, respectueux et raffiné, tandis que son camarade
est pressé et glouton. En fait, par extension, on s’aperçoit
que leur rapport avec le vin est très similaire à celui qu’ils
entretiennent avec les femmes.
Tout s’exprime à travers la nourriture: la
psychologie des personnages, la nature du lien social, le rapport au corps,
au désir, à la mort. Mais dans tous les cas, l’acte
de boire est une figure centrale de la mise en scène, qui sert à
découvrir les secrets les mieux dissimulés, et instaure un
écho entre le monde charnel et le monde spirituel.
Stéphane Audran est magistrale dans «
Le Festin de Babette » (Gabriel Axel, 1987), description d’un
monde où tout se libère, … où tout se renferme.
L’art gastronomique de Babette dévoile ses invités à
eux-mêmes, sans qu’ils s’en aperçoivent. La complexité
et l’ambiguïté de la vie résident dans son service.
Ses convives sont égayés non pas par l’alcool, mais
c’est d’avoir goûté à l’amour avec
lequel elle a offert ce repas.
Nourritures terrestres et intellectuelles sont deux facettes d’une
même culture.
Autre envolée lyrique où l’idée de l’Art
s’exprime par la nourriture: « Vatel »
(Roland Joffé,2000).
A nouveau « Sideways »
(Alexander Payne, 2005), grand cru 2005 du cinéma œnologique
pour ce beau récit trempé dans une marmite d’humanité
!
Fin de film, fin de parcours. Miles essaye de comprendre où il va.
Hanté par le souvenir de son ex-femme, il doit maintenant trouver
son chemin …
Afin de trouver le courage et prendre la décision qui s’impose,
Miles débouche le Cheval Blanc ’61 gardé avec amour
pour une grande circonstance, et le déguste … seul, dans un
gobelet, au beau milieu d’un fast-food.
A l'instar de notre personnage principal, à 43 ans, ce Cheval Blanc
est à son apogée, mais juste avant son inéluctable
déclin. In Vino Veritas: Miles peut-il renaître ? La dégustation
de ce grand crû va-t-il lui ouvrir la porte d'une nouvelle vie. ?
L’épilogue reste ouvert… (pour ceux qui n’ont pas
encore vu le film).