


Faisant appel aux arts majeurs, le cinéma est un
art de synthèse,
un opéra à lui tout seul.
Il fait appel à la peinture bien évidemment, par la composition
du cadre et par le soin porté à la lumière; à
la sculpture parfois, notamment par la gestuelle du comédien; à
l’architecture par la réalisation et la stylistique des décors;
à la littérature essentiellement, par la structure du récit
et par la saveur des dialogues; et à la musique enfin, en contrepoint
dramatique.
Dans une première approche, par son mode de diffusion, le film parle
à la vue et à l’ouïe. Aussi, de par sa nature physique,
le septième art demeure impuissant à rendre l’odorat
et le goût.
Alors, malgré cet handicap naturel à transmettre
le sensoriel gustatif, pourquoi traiter ce thème de la dégustation
du vin si le relief reste désespérément sans chair
?
Et pour autant, le cinéma ne recueille-t-il que l'écume du
monde des visibles ?
Le cinéma met bien des fois l’eau à
la bouche. Dans quel film les protagonistes, à un moment ou l’autre
du récit, ne se mettent-ils pas à table ? Qui n’a pas
eu envie de manger des sushis après avoir vu le film «
L’Empire des Sens » (Nagisa Oshima, 1976) ? … Un
couscous après « Lawrence d’Arabie
» (David Lean, 1962), une soupe à la tortue après
« Le Festin de Babette » (Gabriel
Axel, 1987), l’omelette du Père Poulain d’ «
Une Partie de Campagne » (Jean Renoir, 1936), la salade de
pommes de terre de « La Règle du Jeu
» (Jean Renoir, 1939), le gigot d’agneau de «
Vincent, François, Paul et les Autres » (Claude Sautet,
1974) ... voire le beurre du « Dernier Tango
à Paris » (Bernardo Bertolucci, 1972).
Si c’est au fond du lit que l’on construit le monde (si vous
voyez ce que je veux dire), c’est bien souvent autour d’une
table que l’on se dit les choses qui comptent. Mais à la fin
du repas, c’est en comptant les verres vides qu’on imagine si
l’on est parvenu à atteindre un incommensurable moment de vérité.
La représentation de ces moments, au cinéma, nous rend bien
cette quête de l’inaccessible étoile.
Le vin éveille les sens des bourgeois qui boivent par plaisir, comme
laissent apparaître les dégustations de Porto dans
"
Le Schpountz " (Marcel Pagnol, 1937) et dans "
Le Charme Discret de la Bourgeoisie " (Luis Bunuel, 1972).
Le Château Margaux est servi de la même façon
et en toute circonstance dans « Mado »
(Claude Sautet, 1976).
La boisson noble stimule l’intelligence de l’écrivain
de « Providence » (Alain Resnais,
1976), et des policiers
des « Innocents aux mains Sales »
(Claude Chabrol, 1974) ou de « Poulet au Vinaigre
» (Claude Chabrol, 1984).
Mais toute médaille a son revers: outre les frasques sympathiques
des comédies burlesques représentant
la France telle qu’elle peut aussi être, l’homme consomme
mal à la recherche parfois d’effets psychotropes, et
offre un point commun aux ouvriers du 19ème .
Me référant aux séquences bachiques donc, je m’appliquerai à formuler mon exposé autour de trois axes de la composante dramatique: l’accusé, le lieu du crime et enfin, son mobile et le déroulement psychologique. Je commence.
» François VANDERVEKEN